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Du terrorisme international en Afrique, de ses manifestations, et de ses conséquences

Robert Esposti

Continent en proie à tous les maux, du conflit armé traditionnel à l'armement sophistiqué en passant par la guerre civile ou la lutte ethnique la plus barbare, affaibli par une épidémie de sida sans précédent dont on ne voit pas la fin, oublié par les bienfaits de la mondialisation et à la remorque du bon vouloir des économies des pays développés, l'Afrique est-elle également en passe de devenir le terrain de prédilection de mouvements terroristes?

C'est ce qu'on pourrait déduire des réflexions américaines où la guerre mondiale déclarée contre le terrorisme donne aux considérations géopolitiques un éclairage nouveau auquel l'Afrique n'échappe pas.

Cette analyse se propose de faire un état des lieux afin d'y voir plus clair et de tenter de discerner le bien-fondé des menaces, des cris d'orfraie d'une Administration traumatisée jusqu'à l'obsession par sa lutte contre le terrorisme.

Il est vrai que les attentats du World Trade Center et du Pentagone ont transformé de manièreradicale la vision du monde des Etats-Unis et qu'il y a désormais à l'évidence, un    «avant» et un «après» 11 septembre 2001 dans les relations de la première puissance mondiale avec le reste de la planète.

L'Afrique a payé un réel tribut à la tragédie de New York [1].

Beitrag erschienen in: Défense Nationale 1/2004
Elle pouvait légitimement pleurer ses morts, offrir sa participation à la guerre contre la terreur et promettre de lutter sur son sol contre les auteurs de ces odieux attentats.

Au lendemain de cette tragédie, une des premières conférences internationales destinées à réagir à cet ignoble attentat a d'ailleurs été organisée au Sénégal par le président Wade, et a réuni un grand nombre de chefs d'État africains pour condamner unanimement cet acte terroriste.

Cependant, au-delà de la réaction à l'événement, si horrible fut-il, et en allant plus loin dans l'analyse de la situation qui prévaut en Afrique, des interrogations subsistent et quelques questions de bon sens viennent à l'esprit.

En quoi le continent africain est-il réellement concerné par le phénomène terroriste? Comment appréhender cette menace au regard des problèmes africains qu'il convient malheureusement d'appelertraditionnels, et quelles sont les réponses possibles au risque potentiel d'un terrorisme africain.

AFRIQUE ET TERRORISME

Jusqu'à la tragédie du 11 septembre 2001, on retiendra de l'histoire que le plus grand nombre d'attentats mettant en cause des réseaux terroristes internationaux ont eu lieu en Afrique et non en Europe ou aux Etats-Unis, à l'exception des attentats du World Trade Center – déjà – en 1993[2] et du métro parisien de 1995 attribués aux réseaux algériens du Groupe islamique armé (GIA), qui sortent de notre cadre d'étude.

L'état des lieux

En juin 1995, tout d'abord, un commando de onze hommes du «groupe islamiste», un mouvement intégriste musulman égyptien, entraînés au Soudan et disposant de faux passeports préparés également dans ce pays, tentaient d'assassiner le président égyptien Moubarak alors en visite en Éthiopie[3].

Classé par les États-Unis au rang des «États-voyous» depuis 1993 pour avoir hébergé sans réagir des groupes terroristes dont celui d'Oussama Ben Laden jusqu'en 1996, le Soudan fera l'objet d'un raid aérien américain très localisé en 1998, visant à détruire une usine de produits pharmaceutiques, camouflant aux dires des services secrets américains, une usine d'armes chimiques.

Toujours en Afrique de l'Est et toujours en 1998, les attentats de Nairobi au Kenya et de Dar es-Salaam en Tanzanie marquent un tournant en initiant en Afrique des attaques contre les intérêts et les symboles américains, suscitant un renouveau dans l'analyse sécuritaire de ce continent et des relations qu'il entretient avec la première puissance mondiale.

Cependant, la grande majorité des 391 morts de ces deux attentats contre les ambassades américaines restent africains et n’émeuvent, ni ne mobilisent encore assez, l'opinion publique mondiale pour provoquer à l'époque la levée de bouclier du 11 septembre 2001.

En 2000, l'attaque du destroyer Cole de la marine américaine dans le port d'Aden au Yémen et plus encore, l'attentat de Mombassa au Kenya et celui de Casablanca au Maroc en 2003, montrent que le phénomène fait tache d'huile et participe de la même guerre contre l'Occident et ses valeurs. S'il provoque désormais une totale réaction de rejet quasi générale et une prise de conscience que personne n'est à l'abri de l'aveuglement et du radicalisme de ses auteurs, il plane cependant un sentiment de malaise tant la menace est diffuse et les moyens d'action à son encontre tout aussi incertains.

L'analyse américaine

La mondialisation de la menace et ses ramifications en terre africaine étant un fait, faut-il en conclure pour autant que le continent est désormais une cible privilégiée des réseaux du terrorisme international en général et d'Al-Qaida en particulier ?

Aux États-Unis, pays porte-drapeau et bras armé le plus médiatisé de la guerre contre la terreur, la réflexion sur ce nouveau fléau n'échappe à aucun cercle de pensée, et toutes les branches de l'Administration américaine, tous les commandements régionaux ont la mission d'alimenter le débat et de participer à cette guerre d'un genre nouveau, contre un ennemi aux contours fuyants et que l'on imagine partout.

Le terrorisme est devenu le sujet fédérateur de toutes les énergies, et l'analyse alarmiste de la situation de l'Afrique au travers de ce nouveau prisme parfois déformant ne surprendra personne, mais devrait sans doute permettre à cette dernière d'y trouver également son compte.

À titre d'exemple, le compte rendu des activités terroristes établi par le département d'État pour 2002, sous la responsabilité de l'ambassadeur Coffer Black, coordonnateur de la lutte antiterroriste américaine, consacre un paragraphe entier à la situation africaine. De même le document sur la stratégie nationale américaine, signé par le président Georges W. Bush en septembre 2002, fait la part belle à l'Afrique en lui consacrant une page[4] sur trente-huit, confirmant le nouveau rôle de l'Afrique sur l'échiquier stratégique américain trans­formé par la guerre contre le terrorisme mondial, épine dorsale de ce document et véritable plan d'action présidentiel pour l'Administration.

Sans devenir la priorité des priorités, l'affirmation de l'importance de l'Afrique sur la scène américaine est notable et mériterait un autre développement pour en expliquer les raisons plus ou moins objectives.

Concernant la lutte antiterroriste, elle doit être relativisée en la mettant notamment en perspective avec les particularités de l'appareil législatif américain, responsable de l'attribution des différents budgets.

Ainsi, la problématique des responsables régionaux des différents départements américains semble être de pouvoir justifier des dépenses de programmes ou d'aide militaire en Afrique devant les organes de contrôles du Congrès et une opinion publique toujours sous le coup du traumatisme[5] des attentats de 2001.

L'intégration de ces programmes, anciens ou nouveaux, dans le chapitre de la guerre mondiale contre la terreur est donc recherchée, d'autant plus que l'Afrique offre bien des zones chaudes[6] où l'interaction de groupes terroristes, avérée ou pas, semble donner raisons aux analyses les plus pessimistes.

Présence américaine

Sans bien sûr remettre en cause la véracité de la menace terroriste à partir ou à l'intérieur des différentes régions d'Afrique, constatons simplement que les États-Unis relancent leur coopération directe avec les forces armées locales et envisagent même à court terme d'être encore plus présent sur le continent africain comme l'attestent les déclarations du général Jones, Supreme Allied Commander in Europe (Saceur), lorsqu'il annonce en substance que «l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale font partie de l'avenir de l'Otan car certains pays y figurent clairement comme des points de passages de tous les trafics et activités terroristes ».

L'Afrique en général devrait profiter de cette relation de causes à effets ; elle n'est pas en mesure de se poser des questions ou de bouder une aide matérielle dont elle a tant besoin.

Les analystes américains ont ainsi divisé le continent en trois zones à risques terroristes: la Corne de l'Afrique, l'Afrique de l'Est et l'Afrique pan-sahélienne.

Pour la première fois de leur histoire – et sans doute pas la dernière – les forces armées américaines installent une base permanente de 1 800 hommes à Djibouti, que l'on qualifie de «plus fervent» allié des États-Unis dans sa lutte contre le terrorisme.

Abritant l'état-major de la Combined Joint Task Force-Horn of Africa, responsable de la coordination des opérations en Afrique de l'Est et au Yémen, cette nouvelle présence américaine entend être un facteur de stabilité dans la sous-région, comprenant la Somalie où plane encore le sombre souvenir du retrait sanglant des forces améri­caines de Mogadiscio en 1993.

Elle entend également permettre à ses hôtes de profiter de substantielles retombées économiques.

Dans ce domaine, cependant, force est de constater que malgré les déclarations d'intention, il y a loin de la coupe aux lèvres et que les actions de terrain sont plus militaires et orientées dans un seul sens, qu'humanitaires ou économiques. Le plan de lutte contre le terrorisme en Afrique de l'Est, proclamé par le président Bush, pour un montant de 100 millions de dollars, ne sera-t-il qu'un effet d'annonce?

L'analyse est cependant sans faille lorsque le futur ambassadeur des États-Unis à Djibouti déclare devant le Sénat que « pour obtenir des résultats dans la Corne de l'Afrique, il faudra non seule­ment mettre fin aux tensions entre factions rivales et entre pays limitrophes, mais aussi surmonter les défis économiques qui alimentent le mécontentement et la discorde»[7].

C'est un jugement qui pourrait bien définir la situation dans toutes les régions d'Afrique. L'on peut dès lors se demander si le terrorisme fait partie aujourd'hui des problèmes les plus menaçants ou s'il doit être considéré, selon le dicton populaire, comme «un arbre qui cache la forêt ».

LES PROBLÈMES AFRICAINS

Comment appréhender cette menace au regard des problèmes africains qu'il convient malheureusement d'appeler traditionnels? Plus que partout ailleurs, le terrorisme semble pouvoir profiter en Afrique de conditions d'expansion très favorables qui sont comparables dans leur nature aux conditions qui ont prévalu à l'installation de groupes terroristes en Asie mineure ou en Asie.

Un seul critère résume à lui seul, de manière générale, ce qui caractérise le continent: l'instabilité chronique dans tous les secteurs institutionnels des États.

Il ne s'agit pas ici d'en analyser les raisons, mais de voir dans quelle mesure cette instabilité participe à faciliter la propagation d'idées terroristes au sein de populations désespérées où les messages d'espoir sont reçus comme tels, fussent-ils porteurs de haine envers un monde plus riche et bien lointain.

Dans ce climat de faillite étatique, trois facteurs méritent une attention particulière : la pauvreté, la sécurité au sens large, et la montée de l'intégrisme musulman.

Leur interaction crée, en effet, les conditions nécessaires pour transformer une terre aride en terreau pour activistes.

La pauvreté

La pauvreté ne peut certes pas être considérée comme la source de tous les maux, mais elle reste une des préoccupations principales en entraînant avec elle l'analphabétisation d'une population de plus en plus jeune[8] et, paradoxalement, de plus en plus consciente et de plus en plus frustrée des différences entre le monde extérieur et le sien.

Le président Bush dans sa préface du National Security Strategy donne sa vision en précisant que «la pauvreté ne transforme pas les pauvres en terroristes. Cependant, la pauvreté, la faiblesse des institutions et la corruption, rendent les États fragiles et vulnérables aux réseaux terroristes à l'intérieur même de leurs frontières».

Certains présidents africains, comme le président Touré du Mali, se sont eux aussi fait l'écho du même avis, et de nombreux experts occidentaux en développement approuvent également cette analyse.

La pauvreté serait donc une des principales causes de la menace terroriste en Afrique noire.

Prenons-en acte.

L'insécurité

Il serait cependant un peu simple de s'arrêter à cette seule explication, et de ne pas voir dans la situation de l'Afrique un autre facteur favorable aux réseaux de terroristes internationaux attirés par l'incapacité des États à faire respecter l'ordre public ou les lois fondamentales: celui de la sécurité ou plutôt du manque de sécurité, dans son acception la plus générale.

En la matière, un bref survol du continent est édifiant.

Sans parler des pays qui font encore la « une » de l'actualité par des conflits ouverts ou larvés de toutes natures – que nous avons cité précédemment – d'autres, considérés comme plus ou moins stables ou démocratiques, ne sont cependant pas capables malgré leurs efforts de contrôler leur espace géographique national et la circulation des biens et des personnes à leurs frontières. C'est le cas en particulier du Kenya, de l'Ouganda, de la Tanzanie, de la Zambie, du Malawi, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Tchad, du Cameroun et pratiquement, peu ou prou, de tous les États d'Afrique.

Des frontières théoriques et poreuses, des superficies souvent immenses et désertiques, des forces de sécurité sous-entraînées et notoirement sous-équipées, une corruption avérée ou latente parfois jusqu'au plus haut niveau de décision, des trafics en tous genres impliquant des fonctionnaires de haut rang avec l'hypocrite complicité de dirigeants, tout semble propice au fonctionnement clandestin de réseaux terroristes qui peuvent profiter de la désagrégation des responsabilités régaliennes des États pour agir en toute impunité.

À ce constat s'ajoute la terrible situation alimentaire et sanitaire du continent où des fléaux comme la malaria, toujours aussi présente et mortelle, et l'épidémie du sida s'amplifient en profitant des mêmes carences des structures étatiques, désespèrent les populations qui manquent déjà de tout et fragilisent encore plus des institutions comme les forces armées touchées, par exemple en Afrique du Sud, à plus de 60 % par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH).

L'intégrisme musulman

Pauvreté, conflits, famine, épidémies, mauvaise gouvernance, le cercle vicieux n'en finit pas de grossir et pousse de plus en plus les démunis et les laissés-pour-compte du progrès à chercher l'espoir dans la spiritualité et la prière.

C'est le créneau où s'affiche désormais l'intégrisme musulman et en corollaire, les adeptes du terrorisme islamiste.

Certes, l'Afrique, qu'elle soit francophone ou anglophone, a toujours compté l'islam au premier rang de ses religions traditionnelles et les mosquées séculaires d'Afrique de l'Ouest attestent plus d'une splendeur passée que d'une menace présente.

Certes, l'islam au fil des siècles s'est « africanisé » en conciliant croyances ancestrales et respect de la loi coranique, et il serait faux et dangereux de céder à l'amalgame, ici comme ailleurs, en considérant l'ensemble des musulmans africains comme de dangereux terroristes potentiels.

Pourtant, le mal est bien présent et toujours plus pernicieux. Il rend sa compréhension et son appréhension encore plus difficile.

L'islam intégriste, politisé et transformé en système de gouvernement, a la part belle en se proposant comme une alternative possible, pour prendre la relève de systèmes politiques ou de régimes incapables d'assurer le bien-être minimum de la population.

L'exemple du Nigeria frappe les esprits et devrait faire méditer: le nombre de musulmans nigérians dépasse aujourd'hui la population d'un pays comme l'Égypte, et douze États sur trente-six que compte cet État fédéral ont adopté la charia comme code de lois.

En Afrique de l'Ouest francophone apparaissent un peu partout des écoles coraniques, les fameuses madrasas, qui échappent à tout contrôle, et profitent elles aussi des lacunes du système local et offrent gratuitement un minimum d'éducation sous influence aux plus pauvres.

Le système traditionnel africain semble s'être fragilisé sous les coups de boutoir des conflits et des défis qui rongent l'Afrique. II n'est sans doute plus capable de contrer à lui seul ces appels à adopter l'interprétation pure et dure du Coran et en cela, à combattre les idéaux du monde occidental.

Pour s'en convaincre, observons que les habitudes vestimentaires, notamment féminines comme en Mauritanie, évoluent vers une mode venue tout droit de pays où se pratique un islam radical et qui n'a rien à voir avec les coutumes ancestrales locales. Les mosquées elles aussi, sont influencées jusque dans leur architecture, par les frères d'Arabie saoudite qui en financent la construction.

Tous ces signes doivent nous servir d'avertissement. Le ver est dans le fruit : il ne demande que du temps pour aller jusqu'au terme de son évolution. Si l'on n'y prend garde l'imam aura sous peu supplanté le griot.

L'AFRIQUE, OTAGE DE SON IMPUISSANCE

Aide au développement

Comme l'on peut s'en rendre compte, la tâche est immense et englobe tous les problèmes de développement qui font l'objet de tant d'études et de projets.

Devant l'incapacité et non le manque de volonté des gouvernements en place à fournir des réponses locales adaptées à cette menace, que doit-on penser des aides apportées par les pays industrialisés ?

L'Afrique apparaît plus, jusqu'à présent, comme une victime que comme un auteur actif du terrorisme international.

Sommes-nous armés pour l'aider à faire face à cette stratégie sournoise qui agit lentement, par imprégnation et risquons-nous demain un réveil difficile en constatant l'existence de terroristes africains se réclamant de la mouvance islamiste?

Rien n'est évidemment impossible mais sur le plan régional, l'Afrique elle-même n'a cependant pas attendu pour réagir en concertation entre voisins et mettre sur pied différents plans d'action.

L'Union africaine par exemple a rédigé un protocole sur la lutte contre le terrorisme qui, certes, attend encore d'être ratifié par l'ensemble de ses membres – et un centre d'études sur le terrorisme a vu le jour à Alger au lendemain de la dernière conférence de cette organisation au printemps de cette année.

Par ailleurs, le règlement des otages européens au Sahara figure parmi les exemples réussis de cette interaction entre pays limitrophes, en l'occurrence le Mali et l'Algérie.

Ces initiatives méritent d'être soulignées même si leur champ d'action reste encore limité par manque de ressources ou par des lourdeurs administratives.

Problème de ressources

Le problème n'est plus dans l'analyse des risques, mais dans la façon et avec quels moyens ils sont pris en compte.

Plus qu'affaires d'organisation ou de volonté, c'est bien d'un problème de ressources, autres qu'humaines, dont il s'agit.

Si l'on convient, qu'en Afrique, le terrorisme peut se nourrir des crises ou des conflits de forme classique – qui ne manquent pas – et se reposer sur l'insatisfaction et sur le désespoir des populations en quête du minimum pour survivre, on doit également constater que l'aide directe ou indirecte occidentale se trouve confrontée à un ensemble de contraintes propres au système économique mondial[9] et aux conditions d'emploi dans les pays receveurs où l'aide ne profite pas toujours aux plus nécessiteux.

En fait, tout devrait participer à la lutte contre le terrorisme mondial dans la mesure où les secteurs qui en constituent le support profitent d'actions internationales efficaces.

On mesure cependant toute la difficulté de mettre au point des stratégies appropriées qui tiendraient compte de tous les intérêts en jeu, qu'ils soient nationaux ou internationaux. Encore une fois, l'Afrique se révèle être un otage de sa propre impuissance.

Les programmes américains

La guerre mondiale contre le terrorisme, lancée par les États-Unis, prend donc place en Afrique dans un environnement très complexe où la seule réponse militaire apparaît comme très parcellaire et inadéquate pour traiter le fond du problème dans la durée.

Ainsi, des programmes américains comme « l'initiative pan­sahélienne »[10]font plus l'effet d'un emplâtre sur une jambe gangrenée que d'un traitement contre la septicémie en n'agissant que sur les effets et non sur l'ensemble des causes.

Ils font cependant manifestement parties des actions qui devraient être complémentaires et en coopération multilatérale en s'attaquant simultanément aux secteurs en crise, en particulier la sécurité, la santé et l'éducation.

On est également loin du compte en constatant que la coordination des efforts internationaux sort du seul cadre de l'intérêt de l'Afrique et que les luttes d'influence et les conflits d'intérêts ne sont pas tous morts avec la fin de la guerre froide.

Comment concevoir en effet que la «guerre des idées» – que l'Administration américaine s'est promis de gagner contre le terrorisme – puisse rassembler l'ensemble des acteurs occidentaux présents en Afrique lorsque l'on constate les divergences conceptuelles sur le nouvel ordre mondial qu'elle sous-tend ?

Ce n'est qu'un des paradoxes parmi d'autres, qui ralentit voire empêche une lutte sur le terrain véritablement concertée.

Renforcer les capacités africaines de sécurité

Les pays occidentaux ont cependant en leur pouvoir d'améliorer la situation par l'accroissement des programmes d'aide existants, comme ceux de la coopération française, militaire ou civile, notamment en aidant les pays d'Afrique à renforcer leurs capacités dans le domaine de la sécurité[11] au sens large.

Ces réformes, bien évidemment. doivent aller de pair avec des réformes politiques améliorant la démocratie et la bonne gouvernance, et on retombe là, à de rares exceptions près de transition démocratique réussie (Sénégal, Kenya, Mozambique, Afrique du Sud), dans le domaine du voeu pieux plutôt que celui de la réalité africaine...

CONCLUSION

Pour conclure cette rapide analyse qui peut sembler teintée d'un trop grand pessimisme, il semble honnête de constater que le terrorisme est plus un risque potentiel qu'une réalité en Afrique noire.

II ne paraît pas y avoir, du moins à court terme, un véritable risque de voir les réseaux Al-Qaïda s'y implanter en tant que tels ou susciter la naissance d'une mouvance terroriste purement africaine. De même, les bases d'entraînement de groupes terroristes dans les déserts du Sahel – dans la lignée des camps paramilitaires d'Afghanistan appartiennent plus au domaine des hypothèses que des certitudes d'une Administration américaine encline à considérer toute activité – fut-elle traditionnelle – dans ces régions désertiques comme activité terroriste.

Prenons garde cependant de ne pas voir dans les tristes conditions qui prévalent en Afrique noire un aimant pour des profiteurs de misères.

De toute évidence, la vigilance semble indispensable.

Nous sommes encore loin du point de non-retour même dans un pays comme le Nigeria où le phénomène de la poussée islamiste – radicale sans être intégriste et non fondamentalement antiocciden­tale – peut-être combattu par les voies de la politique classique.

L'Afrique noire est un continent mystérieux et complexe à plus d'un titre qui possède, dans son histoire et ses diverses cultures, la capacité de réagir à une idéologie radicale ne faisant pas partie de ses racines.

Plus que jamais, elle a aujourd'hui besoin du soutien de la communauté internationale et de ses amis traditionnels pour résoudre, par un plan d'ensemble, les crises qui continuent de la secouer.

En la matière, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad), malgré les difficultés de sa mise en œuvre, devrait montrer la voie et provoquer une vraie démarche dans le domaine de la sécurité et partant, de la lutte contre le terrorisme.

La France, dans ce combat, semble avoir adopté une posture moins alarmiste, plus globale et en cela, plus équilibrée que celle de son allié américain.

Comme le déclarait le président Chirac lors de la XIe conférence des ambassadeurs «pour lutter contre la menace terroriste, nous devons au-delà des indispensables actions de prévention et de répression, nous attaquer aussi aux maux dont se nourrissent les idéologies extrémistes »[12].

Pour le bien de l'Afrique et vu de la puissante Amérique, ne faudrait-il pas ajouter «et sans arrière-pensée»? ...

Robert ESPOSTI
Colonel des Troupes de Marine. Robert Esposti a servi dans différents pays d'Afrique au cours de sa carrière et il a notamment commandé le 43e Bima et les troupes françaises à Abidjan, en Côte d'Ivoire de 1997 à 1999. II sert actuellement auprès du Centre d'études stratégiques de l'Afrique (ACSS/CESA) a la National Defense University (NDU) de Washington comme représentant français.


[1]Avec 25 victimes originaires de 13 différents pays retirées des décombres ou portées disparues lors cette tragique matinée.
[2]Explosion dune voiture piégée dans les sous-sols qui fit très peu de victimes.
[3]Cf. « Rapport du Secrétaire général des Nations unies relatif à la résolution 1044 du Conseil de sécurité»,1996.
[4]Cela pourrait paraître anecdotique mais marque une évolution sensible dans la mesure où lesdocuments précédents ne comportaient que quelques lignes sur l'Afrique.
[5]Ce traumatisme est beaucoup plus profond qu'on ne l'imagine en France, voire en Europe. Il s’apparente à celui qui a suivi l'attaque de Pearl Harbour en 1942 par les Japonais et il explique la « guerre mondiale contre le terrorisme », comme désormais comme une expression consacrée sous le nomde GWOT (Global War on Terrorism).
[6]Implication supposée d'Al-Qaida dans les trafics de diamants du Sierra Leone et de métaux précieux en Tanzanie, guerre du Libéria, Côte d'Ivoire, RDC.
[7]Encore faudrait-il que les projets d'aide économique américains comme I African Growth and Opportunity Act (AGOA) ne soient pas liés au « choix du Prince » et à des conditions d'accès draconiennes qui empêchent certains pays. parfois les plus nécessiteux. d'obtenir cette aide si vitale.
[8]Lors de la dernière réunion des principaux contributeurs du Nepad qui a eu lieu à Paris courant novembre 2003, le président Chirac a rappelé le défi que représentait l’aide à cette population de jeunes Africains qui n’accepteront pas éternellement leur sort avec fatalisme et inaction.­
[9] Cf. Les résultats plus que mitigés du dernier Sommet de I’Organisation mondiale du commerce à Cancùn sur les rapports commerciaux Nord-Sud.
[10]Initiative du département d'État soutenue par le Commandement des loi-ce, américaines en Europe (USEucom), qui consiste à équiper et à entraîner des unités du niveau compagnie pour améliorer le contrôle des frontières dans les pays du Sahel : Mauritanie, Niger, Mali, Tchad: le budget est de 6,5 millions de dollars sur cinq ans.
[11]Sécurité militaire (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, Recamp pour la Frace, Africa Contingency Operations and Training Assistance, Acota pour les Etats-Unis); police (Serce technique de coopértion international de police, SCTIP-France, Interpol: Fusion Task Force); mais aussi civile et humaine...
[12] Cf. Défense Nationale, octobre 2003.

Mit freundlicher Genehmigung von: Défense Nationale 1/2004


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Jahrbuch Internationale Politik: Weltverträgliche Energiesicherheitspolitik
von Josef Braml, Karl Kaiser, Hanns W. Maull, Eberhard Sandschneider, Klaus Werner Schatz (Hrsg.)

Veröffentlicht am 2. Juni 2008

Das neu konzipierte Standardwerk der internationalen Politik bietet eine systematisch-vergleichende Analyse eines aktuellen Themas: Weltverträgliche Energiesicherheitspolitik. Autorinnen und Autoren sind renommierte deutsche Experten sowie maßgebliche Repräsentanten der operativen Politik, des Bundeskanzleramts, des Bundestags und von Bundesministerien. Neben der wechselseitigen Politikberatung leistet das Jahrbuch – in Zusammenarbeit mit den Medien und anderen Multiplikatoren – auch Öffentlichkeitsberatung.

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